Le gène blanc W chez le chat : ce qu’il faut vraiment savoir

Le gène blanc W chez le chat : ce qu’il faut vraiment savoir

Certaines couleurs demandent qu’on les défende. Le blanc en fait partie. Depuis qu’Ural est né ici, avec ses yeux bleus glacier et son caractère d’une douceur absolue, nous avons eu à répondre à des dizaines de questions sur cette couleur. Est-ce qu’il entend ? Est-ce qu’il va développer un cancer de la peau ? Est-ce que c’est responsable de le reproduire ? Certains pays européens ont même répondu à cette dernière question par une interdiction. Nous pensons que cette réponse est trop rapide, et voici pourquoi.

Ce qu’est le gène W, exactement

Le gène blanc dominant (W) est un gène épistatique situé sur le locus KIT. Il agit comme un masque : il inhibe l’expression de tous les autres gènes de couleur, quelle que soit la robe génétique du chat en dessous. Un Sibérien génétiquement black tabby peut donc naître entièrement blanc si son parent lui a transmis le gène W. Ce n’est pas une absence de couleur, c’est une couleur qui recouvre toutes les autres.

Les génotypes possibles sont trois : W/W (blanc homozygote, rare), W/w (blanc hétérozygote, la grande majorité des chats blancs en élevage) et w/w (non blanc). Un chat coloré est forcément w/w.

Pourquoi le gène W est associé à la surdité

C’est ici que la biologie devient fascinante, et un peu cruelle. Les mélanocytes, les cellules responsables de la pigmentation, ont une origine embryonnaire commune : ils migrent depuis la crête neurale vers la peau, l’iris et la strie vasculaire de la cochlée. Cette dernière structure est essentielle au fonctionnement de l’oreille interne. Quand le gène W perturbe cette migration, les mélanocytes n’atteignent pas toujours leur destination. L’absence de mélanocytes dans la cochlée entraîne une dégénérescence de l’organe de Corti et donc une surdité neurosensorielle congénitale, irréversible, présente dès la naissance.

Cette surdité peut être unilatérale ou bilatérale. Elle est statistiquement corrélée à la couleur des yeux : les chats blancs aux yeux bleus présentent le risque le plus élevé, les chats vairons un risque intermédiaire, les chats aux yeux non bleus un risque plus faible mais réel. Les chiffres varient selon les études, mais on cite généralement 65 à 85% de surdité chez les chats blancs aux deux yeux bleus dans des colonies expérimentales, et des taux nettement plus bas chez les chats de race en élevage sérieux.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Ces statistiques sont souvent citées hors contexte, et c’est là que le malentendu s’installe. Les taux les plus élevés proviennent d’études sur des colonies expérimentales consanguines, très éloignées des conditions d’un élevage félin responsable. Chez les chats de race bien sélectionnés, les taux sont significativement plus bas.

Surtout, ces chiffres ne distinguent pas les élevages qui testent de ceux qui ne testent pas. Un éleveur qui pratique le test BAER sur ses reproducteurs blancs et n’utilise que les chats entendants dans son programme change radicalement l’équation. C’est exactement ce que nous faisons. Ural a été testé BAER : il entend parfaitement des deux oreilles.

Le test BAER : l’outil qui change tout

Le BAER (Brainstem Auditory Evoked Response) est un test électrophysiologique qui mesure la réponse des voies auditives à une stimulation sonore. Il est rapide, fiable, indolore, et permet de distinguer avec précision une audition normale bilatérale, une surdité unilatérale et une surdité bilatérale. C’est le seul outil capable de détecter une surdité unilatérale, qu’un chat compense si bien au quotidien qu’elle passe totalement inaperçue sans test.

Dans un élevage responsable, le test BAER est indispensable pour tout reproducteur blanc. Il ne s’agit pas d’un luxe, c’est la condition sine qua non d’une reproduction éthique sur cette couleur.

La situation en Europe : une réponse trop rapide

En 1995, le Conseil de l’Europe a publié une recommandation dans le cadre de sa Convention pour la protection des animaux de compagnie. Elle recommande l’interdiction totale de reproduction des chats porteurs du gène W dominant, au motif que la surdité constitue une souffrance permanente.

L’Allemagne a intégré cette recommandation dans sa loi de protection animale dès 1998, sous le concept de Qualzucht, littéralement « élevage torture », qui interdit de reproduire des animaux dont les caractéristiques génétiques entraînent des souffrances pour les descendants. Quatorze autres pays ont signé la convention, dont la France, l’Autriche, la Belgique et la Suède, bien que les modalités d’application varient considérablement d’un pays à l’autre.

Nous comprenons l’intention derrière cette démarche. Interdire la reproduction d’animaux qui souffrent est une ambition louable. Mais la recommandation fait un amalgame que nous ne pouvons pas accepter : elle traite comme identiques le chat blanc sourd et le chat blanc entendant. Elle ne tient pas compte du test BAER, qui existait pourtant déjà et qui permet précisément de dépister les individus atteints et de les exclure de la reproduction. C’est un peu comme interdire de reproduire tous les chats sibériens parce que certains développent une HCM, sans tenir compte des éleveurs qui font des échocardiographies régulières.

Un chat blanc entendant, testé BAER, issu de parents eux-mêmes testés entendants, ne souffre pas de sa couleur. Il n’est pas plus fragile qu’un autre. Interdire sa reproduction au nom du bien-être animal revient à punir la rigueur des éleveurs sérieux pour compenser les manquements de ceux qui ne testent pas.

Et le cancer de la peau ?

C’est l’autre crainte récurrente. Elle concerne principalement les chats blancs à peau très dépigmentée exposés longuement au soleil intense, et en particulier les carcinomes spinocellulaires au niveau des oreilles et du nez. C’est une réalité chez les chats blancs vivant en extérieur sous des latitudes très ensoleillées.

Un chat sibérien blanc vivant en intérieur, ou bénéficiant d’un accès extérieur raisonnable sous notre climat, n’est pas exposé à un risque significativement différent d’un chat de toute autre couleur. La précaution est la même que pour n’importe quel propriétaire de chat : limiter l’exposition prolongée au soleil direct, surveiller les zones sensibles. Rien de plus.

Défendre le blanc dans l’élevage félin, ce n’est pas défendre une couleur pour elle-même. C’est défendre le droit de travailler avec rigueur sur une couleur qui mérite autant de respect que les autres, à condition de le faire sérieusement.

Chatterie de la Grande Étoile — Élevage de chats sibériens à Plan-de-Cuques, Marseille, PACA